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Date Posted: 14:25:55 03/02/04 Tue
Author: Aude Vidal
Subject: Re: Décroissance
In reply to: Thierry 's message, "Décroissance" on 05:35:27 01/18/04 Sun

Pour une décroissance conviviale



On nous propose de produire et de consommer toujours plus pour accroître notre confort matériel et (donc) notre bonheur. 3% de croissance, ce serait 3% en plus de richesse pure. Pour tous. Une façon de régler nos problèmes de répartition des richesses. Outre qu'il suffit d'avoir fait un peu de maths pour savoir que si toutes les richesses croissent de 3% le fossé entre les riches et les pauvres s'aggravera (3% de 100 000, c'est plus que 3% de 2 000, pas vrai ?), ce culte de la croissance nous pose deux-trois problèmes...



Lier ainsi la possession de biens matériels au bonheur, c'est un peu simple.

La pub vend ça tous les jours mais est-ce une raison d'y croire?



Au contraire de nombreux biens matériels nous ont fait perdre contact avec la réalité, avec les autres. La télévision par exemple est avant tout un facteur d'isolement pour tous ceux et celles qui ne peuvent plus se payer des loisirs auparavant populaires et très peu chers, comme le cinéma ou le café. On reste chez soi bien au chaud, mais l'isolement est devenu une maladie et a sa part dans de nombreuses dépressions. De même la voiture a façonné nos villes et nos sociétés pour nous mettre dans des petites boîtes où l'on ne côtoie plus l'autre. L'autre est bruyant, il tousse, il cause, il fait chier. Mais nous sommes des animaux sociaux et quand cette présence si gênante a disparu il ne reste plus que la solitude, à un ou à deux.



Vouloir faire croître chaque année la production des richesses de 3%, c'est aussi oublier un facteur pas exactement négligeable... on ira chercher où le pétrole quand on aura fini le nôtre: sur Mars?



Il est tout simplement impossible, dans un monde fini, d'envisager une croissance infinie. On nous objectera des solutions high-tech qui règleront des problèmes aujourd'hui jugés insurmontables, comme l'accumulation en-haut de nos têtes de gaz à effet de serre ou l'épuisement des ressources énergétiques ou en eau potable.



Ces solutions, outre qu'elles se font attendre et qu'on en a franchement besoin dès maintenant, ne feront que déplacer le problème. Le fameux moteur à hydrogène comprimé règlera le problème de la pollution atmosphérique, mais c'est à peu près la même quantité d'énergie qui sera nécessaire à la compression de ce gaz. Le nucléaire (ne causons même pas "risque") remplace l'énergie des centrales thermiques, mais on ne sait toujours pas, après quarante ans d'utilisation civile, comment en gérer les déchets...

Ces tours de passe-passe technologiques substituent un problème environnemental à un autre, sous les "oh!" et les "ah!" d'un public médusé, content de voir que son confort va en s'améliorant et espérant toujours devenir plus riche.



Alors quoi, vous voulez qu'on retourne à la bougie, c'est ça?

Qu'on abandonne ce confort durement gagné?



La décroissance ne consiste pas forcément en l'abandon d'objets qui ont amélioré notre confort matériel. Nous voulons voir ces objets produits en moins grande quantité pour que leur production cause moins de dommages environnementaux, sociaux et humains.



Environnementaux?

Parce que produire et consommer, c’est détruire, polluer.



Sociaux?

Parce que les classes défavorisées sont les premières à souffrir de la pollution.



Humains?

Oui, parce qu'une voiture qui sort de l'usine a non seulement requis

une quantité de matière première étonnante, et autant d'énergie

qu'il lui en faudra le reste du temps pour rouler.

Mais elle aura demandé des centaines d'heures aux ouvriers de l'usine,

qui auraient été mieux employées à se reposer, jouer avec les gosses,

apprendre le japonais.



Comment donc produire moins de ces objets

tout en gardant le confort qu'ils procurent, et même en y gagnant?



Je ne veux pas posséder de voiture, mais je serais heureuse d'en avoir une à disposition, que ce soit grâce à une association de voiture partagée, ou plus informellement en possédant une part dans la voiture des copains, de la famille, ou pourquoi pas de l'immeuble. Puisqu'on ne part à la campagne qu'un week-end sur quatre, pourquoi s'encombrer les trois autres week-ends de la possession d'une tonne de métal?



Je ne veux pas posséder de machine à laver, mais je voudrais avoir la possibilité de laver mon linge à la maison sans devoir aller le regarder tourner à la laverie. Des immeubles ou des résidences mettent à disposition de leurs locataires une buanderie, qui n'est pas seulement un lieu utilitaire, mais aussi un lieu de rencontre, de sociabilité.



Ce sont deux exemples dans lesquels apparaît une notion essentielle quand on propose à une société de décroître: le partage.



Plutôt que d'accumuler les objets, pourquoi ne les partagerions-nous pas?



Nous produirions moins, et aussi nous partagerions des richesses moins matérielles et tout aussi importantes. À l’heure où le tiers-secteur et les "services aux personnes" sont en plein boom, on se rend compte de la valeur de ces richesses.



Il nous faut penser à une vie plus collective, en inventant des espaces communs, que ce soit en immeuble (un appartement entier par exemple pourrait être réservé à la vie communautaire, avec une buanderie et d’autres utilités et pourquoi pas une immense table pour les repas conviviaux et une chambre d’ami(e)s pour les locataires qui reçoivent, ou même un "club" où passer les soirées?). Les appartements personnels seraient en échange moins spacieux. On pourrait vivre, comme cela se fait déjà aux USA, dans des mini-hameaux, trois-quatre maisons qui ont regroupé leurs facilités.

Radicales, ces idées?

Ce sont des modes de vie bien bourgeois qui gardent aux habitants une grande intimité, contrairement à la colocation comme on n’ose plus la vivre passé trente ans ou à la vie dans un squat.

L’habitat, mais aussi les transports et les loisirs sont des champs à explorer pour y inventer des modes de vie moins gourmands et plus conviviaux.



Finalement on posséderait moins, on boufferait moins d’espace, d’énergie, et on produirait-consommerait moins d’objets. En échange, on aurait accès à autant sinon plus.



Non seulement plus matériellement, mais aussi humainement.



Plus de chaleur humaine et de convivialité.



Notre décroissance ne se veut pas un exercice d’ascèse (quoi que... certains d’entre nous trouvent ça plus excitant que de reproduire presque inchangé notre mode de vie high-tech), elle se veut surtout une source de convivialité et de bonheur.



C’est, en même temps qu’un mode de vie plus écolo et plus "soutenable",

une façon de retrouver les autres et soi- même.



Aude Vidal, novembre 2002

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