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Subject: Le Seigneur du Pipo - Chapitre XII - Rêve


Author:
Gramon
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Date Posted: 10:05:21 04/22/02 Mon
In reply to: Gramon 's message, "Le Seigneur du Pipo - Chapitre XI - Les Vecteurs du Pipo" on 14:44:51 04/08/02 Mon

Gramon ferma les yeux pour plonger dans un sommeil profond. Ses pensées vagabondaient dans son esprit, formant un mélange étrange de souvenirs lointains déformés, de morceaux de la réalité des derniers jours, et de créations oniriques. Il se retrouva soudain seul, dans une grande grotte au plafond haut et à la lumière pâle et diffuse. Elle était remplie d’un côté de nombreuses pommes rouges géantes (ou étaient-elles bleues ? Il distinguait mal les couleurs dans la pénombre du fond de la grotte), empilées les unes sur les autres dans une forme de croissant de lune. Elles semblaient observer, immobiles, en silence.
En face se trouvait un grand mur noir, parfaitement lisse. Intrigué par cette paroi de la caverne, Gramon s’en approcha. Le bruit de ses pas était atténué par la surface douce du sol, comme s’il était recouvert d’une mousse feutrée. Il tendit la main et sentit le contact froid du mur. En regardant plus haut sur la paroi, Gramon distingua des runes étranges qui avaient été tracées en blanc, à une hauteur qui était inaccessible à sa petite personne. Ces symboles mystérieux lui semblaient familiers, et il n’aurait su dire pourquoi. Ils l’attiraient par la pensée et lui murmuraient : " Approche… Lis-moi. Tu m’as connu, tu me reconnais, tu sais mon passé, et je détermine ton avenir. "
Une des curieuses lettres du tableau semblait bouger. Les traits blancs qui la constituaient semblaient dire : " Je veux sortir ! Libérez moi ! " Les symboles se tortillaient pour tenter désespérément d’échapper à la réalité bidimensionnelle dans laquelle ils étaient enfermés depuis des siècles. Ou peut-être même des millénaires. D’où venaient ces runes ? Du fin fond des âges, elles étaient restées cachées dans la grotte, à l’abri du soleil et des regards. Mais déjà des traits blancs se décollaient du mur noir, palpant, humant, et découvrant frénétiquement cette nouvelle dimension qui leur était enfin accessible, attirés par tout cet espace autrement infini qui s’offrait à leur entendement, transcendant la vision que ces filaments unidimensionnels avaient eu jusqu’ici du monde qui les incubait, dans sa matrice inconcevable. D’une perception planaire d’eux-mêmes, les traits flottaient maintenant dans un éther enivrant.
Au bout de quelques secondes, Gramon observa les curieuses lettres danser au-dessus de lui, tournant et tourbillonnant, libérant leur énergie refoulée. Le hobbit les vit fondre sur lui, et, pris de panique, s’échappa vers l’une des deux sorties visibles de la caverne, à droite du mur. Il atteignit une sorte d’antichambre noire, dans laquelle les symboles dansants n’avaient pu pénétrer. Il y discerna quelques lettres gravées dans la pierre, à l’entrée de la caverne : celles-ci, il arrivait à les lire, car elles avaient été écrites dans l’avenir. Les runes, elles, prisonnières du passé de la caverne, ne pouvaient pas avoir accès à ce vestibule temporel.
Les lettres de l’antichambre, écrites au-dessus de l’entrée de la caverne, annonçaient : " KAST-LAIR ". L’esprit du hobbit devenait un peu plus clair : cette grotte lui semblait familière. Surmontant sa crainte des runes tourbillonnantes, il fit un pas en avant pour y entrer à nouveau.
Plus de mouvements. Les lettres qu’il avait vues danser il y a un instant étaient désormais sagement plaquées sur l’imposante paroi lisse et noire sur sa droite. Tout d’un coup, la paroi bougea en silence. Gramon remarqua alors un personnage très grand drapé dans un habit multicolore, qui l’observait de l’autre côté de la caverne. C’était une imposante femme noire qui se tenait devant le mur, du côté opposé à lui, tenant la paroi dans ses mains et la faisant glisser sur son plan comme s’il ne s’était agi que d’un simple parchemin. Elle avait des pieds nus, d’une teinte plus clair que le brun foncé de sa peau, et toute sa stature était enveloppée d’une sorte de drap bariolé de couleur vives, recouvrant partiellement son visage qui commençait à être ridé par l’âge et par la connaissance. Sa voix vibrante résonna sur toutes les parois de la grotte : " Dahrboulabbah ! …Etcheh-Tera ! " C’était comme si ce dialecte ancien, le père de toutes les langues, s’adressait directement à son esprit. Sans en comprendre le sens, il réalisait que ces mots lui étaient destinés, et le ton avec lequel la femme les lui avait dits signifiait clairement qu’elle désirait une réponse nette et immédiate.
Le jeune hobbit ne savait que faire : il ne comprenait rien à son dialecte. Piétinant d’hésitation, il fit un pas en arrière pour échapper à la question, qui ne lui signifiait rien de bon. Mais la grande dame colorée ne le voyait pas ainsi. Ses mots tonnèrent de nouveau : " Kôôôshi schwarrrtz ! " Les échos qui se formaient sur la moindre aspérité de la grotte rebondissaient sur son petit corps de hobbit, le faisant trembler de l’intérieur. Même s’il ne pouvait pas la comprendre, il pouvait sentir le ton définitif qu’elle avait accentué à la fin de sa phrase. Mais qui était ce personnage inquiétant, venant de terres lointaines, autant dans le temps que dans l’espace ?
" Safouanah !!! " Les mots de la femme faillirent renverser Gramon, tellement ils étaient intenses. C’était la prêtresse Safouanah, et son pouvoir ancestral était aussi terrible que mystérieux.
Comment faire pour s’en sortir ? Gramon sentait que les prochaines paroles de la prêtresse seraient capables de la broyer s’il ne répondait pas correctement à ses injonctions. Tout l’espace fermé, borné de la grotte était comme un grand vide autour de lui. Le mur noir dont la hauteur tendait vers plus l’infini le narguait de ses runes impassibles, observant son impuissance. Les pommes rouges en face de lui semblaient avancer sur le pauvre hobbit, au rythme des incantations de la prêtresse, accentuant la pesanteur du moment, et acculant Gramon vers les derniers retranchements de sa rhétorique. Qui était lamentable d’ailleurs : il arrivait à peine à bredouiller.
Alors qu’il sentait que tout était perdu, il réalisa qu’il portait toujours l’anneau au cou, et son pouvoir l’appelait inexorablement, clamant de manière entêtante : " Je suis ta seule chance… Sers toi du pouvoir du Pipo… " Gramon détourna violemment la tête : il devait résister. Il ferma les yeux de toutes ses forces, mais à chaque fois qu’il les ouvrait, il voyait le regard inquisiteur de Safouanah, et celui des masses rouges gigantesques scandant la menace dans sa tête : " Tu ne connais pas la réponse, pauvre créature inconsciente ! "
" - Mets moi à ton doigt, je suis ta seule chance… " C’en était trop pour Gramon ; entre la peur de mourir avec un risque certain, et la crainte de l’inconnu à un risque probable (suivant une loi normale), il opta pour le dernier des maux. L’arrachant d’un coup sec du collier qu’il portait, il mit l’anneau à son doigt…
Soudain, son esprit fur comme transporté, et tout lui parut évident. La solution de l’énigme de la prêtresse Safouanah était si simple ! Comment ne l’avait-il pas sue avant ? Sa bouche s’ouvrit alors spontanément, et les paroles sortirent avec une aisance qu’il n’aurait jamais soupçonné avoir. Gramon s’exprimait dans le même dialecte que la femme noire aux pieds nus, démontrant point par point le théorème de la Vérité. Safouana était debout et l’écoutait, statue d’ébène immobile. Au fur et à mesure que les réponses affluaient à l’esprit du hobbit, la caverne s’éclairait, et des rais de lumière semblaient émaner des runes sur le mur, découpant leur relief, et mettant en valeur leur signification… Gramon comprenait tout et il découvrait les réponses au moment même où il les prononçait. Non… C’était impossible !
Il arriva enfin au terme de sa démonstration, et tandis qu’il prononçait dans la langue ancestrale le dernier mot de la conclusion, la caverne fut pourfendue par un rai de lumière provenant du plafond, un éclat intense et sinueux, ligne brisée en trois éclairant chaque particule en suspension dans l’espace de Kast-Lair. Les poussières furent balayées, les pommes géantes broyées par la puissance du souffle lumineux. Gramon ne distinguait plus que l’ombre de la prêtresse, son corps étant comme ingéré par la masse lumineuse. Mais déjà les runes dansaient de nouveau autour du totem photonique, oscillant à la fréquence de huit Hertz, pulsation verticale infinie, symbole de l’immensité du tout, du rien, et de la réalité entre les deux.
***
Tout s’éteignit. Plus rien. La colonne lumineuse avait disparu, et Gramon sentait sa tête qui tournait, comme si il avait oublié un rendez-vous important, et qu’il était incapable de se souvenir de quel rendez-vous il s’agissait. L’obscurité laissait place à un rai de lumière éblouissant, mais horizontal, celle fois-ci. Il se dépliait comme un papillon ouvrant ses ailes, permettant à Gramon, qui ouvrait doucement les yeux, de voir que le soleil brillait de pleins feux au dehors.
Le hobbit du Tilékhom retrouvait la chaleur de son foyer, après un sommeil dont il ne gardait aucune trace consciente. Le feu dans l’âtre s’était éteint, et une légère odeur de printemps flottait dans sa maison. Des fleurs au parfum très agréable. Mais d’où venait cette odeur ? Gramon remarqua que la fenêtre laissait passer un courant d’air ramenant le parfum des prés du bord de l’Erdre. Car justement, la fenêtre était brisée et les éclats de verre scintillaient au sol à la lumière du soleil de midi.
Un intrus s’était glissé chez Gramon pendant qu’il dormait ! Le hobbit eut un regard paniqué à son collier et il constata avec horreur qu’il avait disparu. L’anneau qu’il avait juré de garder au péril de sa vie avait été subtilisé durant la nuit. A terre, au bord de son lit, gisait un morceau de pomme écrasé.

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Subject Author Date
Le Seigneur du Pipo - Chapitre XIII - Les Mystérieuses Urnes d’OrGramon10:08:14 04/22/02 Mon


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