| Subject: Le Seigneur du Pipo - Chapitre X - Files |
Author:
Gramon
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Date Posted: 15:19:50 03/27/02 Wed
In reply to:
Gramon
's message, "Le Seigneur du Pipo - Chapitre IX - Nuit et Jour" on 10:32:57 03/26/02 Tue
Une file de débris rocheux s’étale dans l’espace intersidéral, vestige d’événements cosmiques violents ayant eu lieu bien avant l’apparition de la vie sur Terre. Chaque roc, chaque débris, chaque poussière de ce filament solitaire semble flotter en silence dans le vide, à la manière d’un gigantesque cheveu soyeux caressé par le vent solaire. Mais les reflets roux de cette mèche sauvage se perdent bientôt dans de la masse sombre de la ceinture d’astéroïdes, la destination finale de toutes sortes de corpuscules égarés du système solaire.
A un saut de puce de là, à l’échelle interstellaire : la Terre, troisième élément d’une file de masses rocheuses et gazeuses, liées comme les joyaux d’une bague au diamant central incandescent. Mais personne au monde n’aurait pu embrasser la beauté de ce ballet sans fin orchestré par un orfèvre universel autour de l’astre rayonnant. Pièce maîtresse de cette chorégraphie de joaillier : un saphir.
Approchons-nous pour distinguer ce bijou. La Terre est bleue comme un orange ; sa peau légèrement voilée par les fils d’un maillage cotonneux : des cirrus d’un blanc laiteux. Elle cache pudiquement une moitié de ses mystères dans l’ombre de sa robe sphérique. Levons donc ce voile pour découvrir l’intimité nocturne de ce corps céleste.
Dans l’obscurité, on distingue les éclats des paillettes de la robe de la belle, disposées en files le long de ses fleuves et océans. Mais plus on se rapproche pour observer le détail de ses lumières nocturnes, plus la beauté fractale de cette robe se dévoile. Plus près du sol, il semble que les schémas des éclats lumineux se répètent à l’infini, trahissant la structure de ses vallées et de ses côtes.
Les éclats parallèles qui le bordent trahissent la présence d’un grand fleuve sinueux traversant une grande ville mouchetée. Nous en sommes très près maintenant, et les lumières environnantes révèlent leur nature vacillante. Tel un serpent enflammé qui progresse dans les méandres de la ville bordant le fleuve, huit flammes forment une file sinueuse.
La descente continue, et l’on distingue désormais le détail du sol éclairé par les proches lumières. Avançant habilement dans le dédale caillouteux des pavés, une fourmi ouvrière est sur une piste de phéromones. Ces consœurs de la proche fourmilière de Bel-o-Kan découvrent bientôt la voie olfactive et se décident à suivre le chemin vers ce qui, à l’odeur, s’annonce comme un festin en perspective. La file de fourmis arrive enfin devant l’imposante forme rouge, juteuse, appétissante, et entreprend de la gravir.
***
Walgorone le preux ranger considéra la pomme qui venait de rouler à ses pieds d’un air perplexe. Elle était grande, rouge, et portait des traces de terre autour de l’endroit où elle avait été croquée. Que venait faire ce fruit à moitié entamé sur les pavés longeant l’entrée du temple de Phnakkh ? Et surtout, qui avait croqué dedans à pleines dents ? Et quelles dents, par Bjarne Stroumstrump ! Le ranger resta un instant contempler cette morsure impressionnante, qui commençait déjà à devenir la proie de quelques fourmis. Il releva la tête lentement en direction de la ruelle sombre d’où avait roulé la pomme. Ses compagnons s’étaient tous tus, sauf Tus, tantôt têtu, tantôt tu.
" Shhh ! " fit Bisalf à l’attention de sieur Tus. Le silence se fit parmi les hobbits, dont tous les sens étaient en éveil. Tout à coup, un carreau d’arbalète se planta dans le bois de la porte du temple, frôlant au passage la joue de Jessie qui en resta tétanisé de peur. Le tir provenait de l’obscurité de la ruelle qui leur faisait face, dont bientôt monta une clameur terrifiante ; et les craintes des hobbits se confirmèrent au moment où ils virent déferler dans leur direction une horde de gobelins en furie.
" En garde ! " Walgorone s’était mis en position en enchaînant quelques gestes techniques complexes venus des terres d’extrême orient. En un éclair, il bloqua ses bras tenant les deux torches enflammées en position de combat : " Par le pouvoir de Jah-Kitchen, je détiens la force toute puissante ! ! ! " Comme l’indiquait le nom de son maître, Jah-Kitchen, les coups qu’il commençait à administrer aux gobelins, Walgorone les avait appris dans la cuisine de son restaurant chinois, développant ainsi la technique Hokuto de cuisine. Ses gestes étaient fluides et rapides, et les créatures qui avaient le malheur de se mesurer à ses bâtons enflammés se prenaient grave leur mère, quoi.
Mais les assaillants du temple étaient en nombre, et l’aide de sieur Tus était la bienvenue. Il maniait ses épées flamboyantes avec adresse, tranchant dans les gobelins comme un charcutier dans de bonnes côtes de porc. Les gobelins ne retenaient pas leurs coups, frappant de leurs lames salies et encore tachées du sang frais des malheureuses victimes qui avaient croisé leur route. Leur haleine fétide empestait tout autour d’eux, si bien que les hobbits étaient parfois forcés de se détourner pour arriver à combattre. Derrière, protégés par les deux guerriers, se trouvaient les membres de la guilde des Mère Nature, priant pour que les forces de la nature veuillent bien leur venir en aide. En effet, Walgorone et Tus ne pourraient pas résister indéfiniment devant le nombre des assaillants, qui croissait sans fin.
Dans l’ombre de la ruelle, profitant de l’inattention des deux combattants occupés avec les gobelins, deux orques s’étaient sournoisement faufilés par le flanc de la troupe et couraient vers les Mère Nature, prêts sauter à la gorge des hobbits sans défense. Au milieu de ses prières, Dame Noufoh sentit soudain un danger et aperçut les deux orcs qui leur sautaient dessus et laissa échapper un cri d’effroi. A cet instant précis, Sady se tourna vers les deux bêtes, et cria de toutes ses forces : " BN ! ". L’effet fut immédiat : les orques furent comme stoppés en plein vol, et ils vinrent s’étaler en ronflant aux pieds des hobbits terrorisés. La Béhenne contempla son œuvre : c’est la deuxième fois qu’elle et ses compagnons étaient sauvés par la technique qu’elle avait apprise dans une Biscuiterie de Naoned.
Entre temps, le Ranger et le Chevalier Joyeux étaient débordés devant les assauts répétés des gobelins, et se trouvaient contraints à reculer. La situation semblait désespérée. Bisalf le Gris, lui, était resté à l’écart de la bataille pendant tout ce temps. Il marmonnait une incantation, et soudain il fit apparaître, dans un nuage de fumée blanche, une souris dans sa main droite. Une étrange souris sans queue dont les yeux rouges émettent des rayons… Brandissant la souris devant la horde de gobelins, il fit signe à ses compagnons de reculer, leur signifiant qu’il allait prononcer son incantation.
" Pouvoir de la vie tranchée en deux, annihilation totale ! ! " Les paroles de Bisalf le Gris résonnèrent contre les murs du temple de Phnakkh. " Déjà la souris gronde. ", aurait fait remarquer Reivilo s’il avait été présent. En un instant, l’onde de choc lancée par Bisalf balaya les créatures de la nuit, qui furent projetées au sol. Terrassés par la magie, tous les gobelins s’écroulèrent au sol, face contre terre dans un grand fracas. Ils avaient été sévèrement retournés. Tandis que la poussière soulevée par les gobelins se dissipait aux alentours, les hobbits reprenaient leur souffle. Ils avaient vaincu l’invasion des orques, et protégé le précieux parchemin secret que Bisalf avait conservé au péril de sa vie.
***
Chli-Pou-Ni la fourmi était dégoûtée ! Le merveilleux festin qui se tenait majesteux au milieu de la route il y a quelques minutes était devenu une espèce de bouillie informe. Cette source de glucides si appétissante avait été piétinée par des goujats balourds et puants. Qu’à cela ne tienne ! Elle entreprit d’en gravir les ruines pour en ramener quelques morceaux à sa colonie Bel-o-kan. Mais soudain une ombre gigantesque la recouvrit, et elle reconnut le contact du cellulose reconstitué sur ses antennes.
***
" Tus, tu crois que c’est le moment d’écrire une lettre ? Je sais bien que tu aimes à tenir les archives de nos histoires, mais quand même ! Pas sur le sol au milieu des cadavres ! " Mais le chevalier joyeux fit fi de la remarque de son ami, et commença la rédaction de leurs aventures sur un parchemin à même le sol.
***
" Golen, on a voulu me tuer ! Tu dois nous aider à retrouver la trace du Korrigan qui a souhaité ma mort ! " Le visage de Mormon Barbecourte était grave, tandis qu’il s’adressait à l’Herboriste au centre la cité des Di-ett. Golen semblait bouleversée par cette nouvelle, et après un moment de silence, elle annonça : " Viens, je vais vous aider à retrouver ton assassin. "
Mormon, Golen et Gramon prirent tous trois la route de Lair-Odier pour arriver à l’endroit où Scriptor le Korrigan avait été aperçu pour la dernière fois. Dehors, à l’entrée de la maison de la guilde des Sodifrancs, ils attendaient dans la nuit baignée par les stridulations de la lande environnante. " Il s’est enfui dans cette direction ", dit Mormon pointant du doigt en direction du Nord. L’étoile polaire se trouvait, à sa place habituelle, suspendue au-dessus de l’horizon obscur devant les trois hobbits.
Soudain un bruit familier se fit entendre :
" - Houuu…houuu… ! "
" - Mormon, arrête de déconner, c’est pas le moment d’imiter le hibou … "
" - Hé ! J’ai rien dit moi ! "
" - Ben alors, c’est qui ? "
Les trois promeneurs solitaires se retournèrent alors et aperçurent l’animal qui venait d’émettre ce cri. C’était un hibou porteur d’un Nimel. Mormon le détacha de la patte de l’animal et dit : " C’est écrit : ‘A l’attention de Gramon Sacquet’. ". Il tendit donc le papier au hobbit concerné. Gramon, en le prenant, ne put s’empêcher de remarquer : " En tous cas, les nouvelles vont vite ! Sieur Tus me relate déjà les événements qui viennent de se passer à Lutèce cette nuit. " En déroulant le parchemin du Nimel, Gramon en fit tomber un petit objet informe qui tomba au sol. Golen la ramassa et essuya ses mains collantes avec un air de dégoût : il s’agissait d’un morceau encore juteux d’une pomme écrasée, en attachement au Nimel. Sans doute était-ce un reste des événements survenus à Lutèce qui étaient relatés dans cette missive. Le hobbit la lut donc à haute voix :
" Bien le bonjour à toi, ô grand Gramon, "
Le hobbit à l’anneau eut une petite moue de perplexité devant cette marque de respect excessive. Ce n’était pas parce qu’il possédait depuis peu l’anneau de Pipo que lui avait remis le druide Kastah qu’il méritait pour autant une telle vénération !
" J’espère que tu as bien récompensé le hibou qui t'a apporté cette missive et que tu ne lui a pas fait trop peur. Ce mode de communication, très utilise chez les oui-zar, m'a été enseigné par un très vieil ami, le grand oui-zar Potterie (tu sais, celui qui a vaincu tu-sais-qui !) et je dois dire que j'aurai bien du mal à m'en passer tellement cet animal est pratique. "
Golen sortit alors quelques graines qu’elle tendit à l’animal méritant, qui commença à becqueter goulûment. Il avait réussi à amener ce Nimel en Pays de Loar à une vitesse remarquable. Gramon poursuivit sa lecture :
" Mais, je vais aller directement au but. J'ai ouïe dire que ta quête concernant les origines de l'anneau pipal n’avançait pas vite, alors que les forces du mal sont aux portes des territoires de l'Ouest ! Je vais donc apporter ma pierre à l’édifice, mais avant, je voudrais rectifier la missive de notre cher masse-tere Reivilo : non le puissant Croc'sofht n'impose pas son joug a tous les hobbits ! Un peuple d’irréductibles résiste et propose une alternative à ce géant. J’espère quand même que tu as déjà entendu parler de ce village isolé ou vivent les Mec-in-toches. Il faut absolument les soutenir parce que leur combat est difficile, mais si leur créativité est grande (j'en veux pour preuve leur dernière trouvaille : le Aille-Mec2, qui concentre la puissance de trois objets Croc'sofhtien dans un espace réduit !). "
Gramon se dit que décidément, ce sieur Tus, on ne le changerait pas !
" Voilà, refermons cette parenthèse et revenons à nos moutons. Si je t'ai envoyé ce hibou c'est pour te mettre en garde. Le seigneur pipo commence a avoir emprise sur mon esprit. Et même si je résiste de toutes mes forces (tu connais bien mon rejet net et catégorique de tout ce qui a trait au pipo), je vais bientôt être obligé de me plier à sa volonté, si je veux pouvoir rester a Lutèce lors du prochain cycle solaire. En effet, mon tue-t'heur réclame de moi un rapport de Conseh'psion et il voudrait que je l'ait fait hier en fait... Je suis vraiment très mal et je crois que mon tuteur est déjà tombé sous le joug de l'anneau pipal.
Pour rajouter à ma peine, mes efforts pour délivrer le temple de Phnakkh m'ont demandé beaucoup d’énergie, énergie dont j'aurai besoin pour combattre efficacement le seigneur pipal. Heureusement, nous avons vaincu et j’espère pouvoir reprendre des forces durant ce long oui-k'ainede de Pahkkes, où je m'en vais rejoindre les miens dans cette contrée reculée qu'est Monsot-les-Maillenes pour me goinfrer de chocolat (tradition séculaire que vous connaissez, j’espère).
En espérant te voir bientôt à Lutèce, peut-être durant tes vacances (espèce de fonctionnaire, va !), je te souhaite une bonne continuation et beaucoup de bon courage pour ta quête de l'anneau pipal.
Tus, le chevalier joyeux
ps : prends garde à l'anneau lorsque tu joues de la ghuitar el'ektrik, je crois savoir que leurs Ohesses ne sont pas compatibles.
pps : à quand le prochain rassemblement à cote de la fontaine du boul'Mich sur Lutèce ?
ppps : il fait super bô sur Lutèce en ce moment !
pppps : fais de gros gros bisous à ma blonde, Camomille la chimiste, amie de Golen l'herboriste et membre du clan des ihuper, pour moi. "
Golen promit de faire passer le message à son amie Camomille, qui était également la cour-tisane de Sieur Tus. Ensuite, l’Herboriste sortit de sa poche un sachet de poudre d’herbes dont elle avait le secret et en sema quelques poussières devant elle. A la lueur de la lune, cette poudre révéla des taches sur le sol qui ressemblaient à des traces de pas. Golen expliqua que ce phénomène était dû à l’interaction entre les sécrétions de la plante des pieds nus des Korrigans et cette poudre, qui créait une réaction chimique révélant les pas de l’assassin.
Suivant la piste, Golen continua à semer la poudre sur la lande, et tous trois ils remontèrent le chemin pris par Scriptor. Progressant dans la lande sombre et humide, ils atteignirent enfin une bâtisse isolée vers laquelle menaient les pas. Mormon les prévint de rester discret : " Méfions-nous, mes amis ! Qui sait sur quel repère de créatures sanguinaires nous sommes tombés ? " Les trois hobbits firent donc le tour de la construction qui semblait vide à cette heure tardive. Ils entrèrent donc dedans, Gramon ouvrant la marche prudemment. Le rez-de-chaussée était désert, mais au détour d’un couloir, sur leur gauche, un léger craquement de plancher se fit entendre. Ils n’étaient pas seuls. Prenant leur courage à deux mains, ils progressèrent vers la source du bruit.
Soudain, au détour d’une porte, une ombre surgit face à eux hors de la pièce, brandissant une forme qui ressemblait à une masse, prête à s’abattre sur Gramon. Le porteur de l’anneau vit alors sa vie défiler devant ses yeuX…
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